Clubs du rire : le raz de "marrer" !

Nous ne rions pas assez : moins de 6 minutes par jour ! Pourtant, détendre ses zygomatiques a des vertus santé reconnues ! Pour nous aider à nous dérider, des "clubs du rire" ont même fait leur apparition. Peut-on se soigner par l'hilarité ? Des informations à prendre au sérieux...

L'hilarité a le vent en poupe et chacun s'accorde à trouver au rire de nombreux bienfaits ! Pourtant, le rire n'a jamais été aussi peu pratiqué...

Retrouver le rire enfantin

Depuis un an de drôles de clubs se créent aux quatre coins de l'hexagone : des clubs de rire. Fondés en Inde par le Dr Kataria, la formule s'exporte avec succès un peu partout dans le monde : aux Etats-Unis, en Allemagne, en Italie, au Danemark... et en France. La méthode, mise au point par ce médecin indien, combine exercices respiratoires empruntés au yoga et différents types de rire. En début de séance, on se dit bonjour sans parler mais en riant, ensuite les petits mimes et mises en situation se succèdent. Chacun de ces exercices a un nom : le rire des gens pressés, du téléphone portable, du lion etc. Au fur et à mesure que la séance avance, les rires, moins forcés, sortent plus facilement et éclatent en de franches explosions. Et c'est parfait. Le but étant de retrouver ce rire, spontané, enfantin qui jaillit sans raison et qui fait tant de bien au corps et à la tête.

L'humour médicament

Car le rire fait du bien. Si de façon empirique chacun a pu l'expérimenter, il a fallu attendre les années 70  pour que les bienfaits du rire sur le stress, le sommeil, la douleur soient précisés et expliqués scientifiquement. Tout a commencé aux Etats-Unis avec l'histoire de Norman Cousin. Atteint d'une spondylarthrite ankylosante (maladie qui atteint la colonne vertébrale), ce journaliste américain était perclus de douleurs et cloué dans un fauteuil roulant. Regardant  la télévision, il tombe par hasard sur un film comique qui le fait rire et oublier ses souffrances. Il renouvelle l'expérience jusqu'à sa guérison qu'il racontera dans un livre resté célèbre Outre-Atlantique, intitulé "La volonté de guérir". En effet, le rire stimule la sécrétion d'endorphines des opiacés naturels, qui  euphorisent et permettent d'atténuer temporairement la douleur, le stress et les angoisses. Apaisant, calmant, le rire déclenche dans le corps une onde musculaire, sorte de gymnastique douce qui  tour à tour permet de contracter et de décontracter les yeux, la bouche, le diaphragme, les abdominaux, les cuisses, les épaules... Un massage intérieur qui tonifie les organes et stimule les défenses immunitaires. Les praticiens et thérapeutes du développement personnel ont intégré le rire à leur arsenal thérapeutique. Et peu à peu le rire est entré dans les hôpitaux, comme un complément de soins.

On ne rit pas de tout !

Non seulement tout le monde s'accorde à reconnaître des vertus au rire mais depuis une vingtaine d'années la société s'est déridée. Aujourd'hui  plus besoin d'être sérieux comme un pape en toutes circonstances pour montrer son efficacité et son sens des responsabilités. En politique par exemple la comparaison entre un Chirac jovial et un Jospin austère tourne à l'avantage du premier. Associé parfois à tort à la tristesse, le sérieux ennuie une société de loisirs prônant un hédonisme à tout crin. De même, souvent moqueur le rire était perçu comme une arme dangereuse pouvant faire souffrir les autres. Il convenait donc de le surveiller et de le brider. Là encore, dérision et auto-dérision sont entrées dans les mœurs même si les blagues, et l'humour se doivent de rester politiquement corrects. On ne rit pas de tout ou alors pas avec n'importe qui. La moquerie surtout à l'encontre des maîtres du monde ou des faibles agit comme une soupape de sécurité qui permet à chacun de se rassurer.

 

LEMONDE.FR | 12.02.03 | 13h47

MIS A JOUR LE 13.02.03 | 16h18

Le rire, thérapie fort sérieuse

"Ho ! ho ! ha ! ha ! ha !", le cri de guerre résonne dans un local du 11e arrondissement parisien. Ce mardi soir, une cinquantaine de personnes se sont donné rendez-vous avec un seul mot d'ordre : rire à gorge déployée pendant une heure. Bienvenue au club du rire. Et prière de ne pas se moquer, car derrière ce collectif bénévole se cache une gymnastique très sérieuse. On vient ici pour évacuer le stress et réapprendre à s'esclaffer spontanément.

Depuis quelque temps, la France voit se répandre un peu partout ces clubs du rire. La formule connaît un franc succès. A Paris, on en recense déjà quatre. Première constatation, le rire est bien universel : étudiants, retraités, jeunes cadres actifs…, toutes les catégories socioprofessionnelles se retrouvent dans la salle. 

Hors de question de sombrer dans la thérapie de groupe, la séance se concentre sur un axe ludique et peut se résumer à une bouffée d'oxygène au milieu d'un environnement urbain oppressant. "On ne demande pas aux gens pourquoi ils viennent, ni quelle est leur profession. Nous sommes juste là pour partager ensemble une heure de rire", explique Brigitte Asselineau, psychothérapeute, qui dirige une fois par semaine ces cours pour le moins inhabituels. "Les gens sont un peu intimidés la première fois. Ils se demandent ce qu'ils vont faire, comment ça se passe... Mais ça dure très peu de temps, et entre le début et la fin de la séance, ils sont métamorphosés." Bénévoles, les animateurs du club du rire demandent 3 euros par séance, ou 10 euros par an, à la soixantaine de pratiquants réguliers afin de participer aux frais de la salle.

Le cours s'articule autour d'une série d'exercices basés sur la respiration et d'autres techniques empruntées au yoga. Différents types de rires doivent être accomplis en groupe : "Rire du lion", "cocktail de rire" et "duel de rire". Puis on alterne entre exercice de rire collectif où l'on va à la rencontre de son voisin et interludes respiratoires individuels sur fond de "ho ! ho ! ha ! ha ! ha !". Très souvent, cela dégénère en crise de fou rire, et il devient difficile de reprendre la séance aussi bien que son souffle. Le rire, c'est contagieux.

Le docteur indien Madan Kataria est le fondateur des Clubs du rire. Il élabore en 1994 la méthode dont le succès se répand à travers le monde : 1 300 clubs sont répertoriés aujourd'hui. Les Etats-Unis, l'Angleterre, l'Allemagne, la Suisse et le Danemark sont les pays les plus assidus. En France, c'est Daniel Kiefer, à l'origine vendeur de hamacs, qui a importé la pratique voilà un an et demi. Le bouche-à-oreille fonctionne (notamment grâce à Internet) et l'on recense désormais plus d'une vingtaine de clubs en province.

Reconnu comme excellent pour la santé, le rire fait travailler les zygomatiques et exerce un rôle libérateur des tensions nerveuses. L'expérience était déjà connue dans certaines entreprises - sous le nom de "yoga du rire" - ou des hôpitaux, avec les clowns de l'association Le Rire médecin, qui viennent rendre visite à de jeunes enfants malades.

"On a appris de nouveaux rires mardi dernier, c'était très marrant" , conclut une pratiquante régulière.

Franck Colombani